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Musique classique et opéra par Classissima

Anna Netrebko

mardi 28 juin 2016


Classiquenews.com - Articles

2 juin

CD, annonce. VERISMO : le nouvel album d’Anna Netrebko

Classiquenews.com - Articles CD, annonce. Verismo : le prochain album d’Anna Netrebko (1 cd Deutsche Grammophon). Tiare orientaliste et byzantine à la Turandot, la diva austro-russe, découverte par Gergiev à Saint-Petersbourg, annonce son nouvel album dédié aux compositeurs fin de siècle et début XXè, dans l’ombre de Puccini : VERISMO. Annoncé le 2 septembre 2016, le programme édité par Deutsche Grammophon confirme les dernières évolutions de sa voix : moins bel centriste (elle vient de renoncer à chanter Norma à Covent Garden en septeùbre 2016), plus expressive et dramatique. Sa voix brillante gagnerait-elle en largeur et medium ? A ses côtés, le chef Antonio Pappano et son mari, le ténor Yusif Eyvazov pour un cycle de séquences théâtrales et lyriques, extraites des opéras de Leoncavallo, Ponchielli, Boito, Giordano, Catalani… soit une sélection d’héroïnes passionnées, amoureuses tiraillées, âmes sacrificielles, pour lesquelles la diva la plus médiatisée de la planète, offre son timbre charnel éblouissant, aux couleurs irrésistibles… Anna Netrebko élargit son répertoire : après avoir chanté les héroïnes verdiennes : Lady Macbeth, Leonora (dans Le Trouvère, Opéra Bastille janvier et février 2016) …, voici les femmes déterminées, nouvelles lionnes rugissantes mais séductrices propre au vérisme italien, lui-même même inspiré du naturalisme français de Zola. INFOS à suivre sur classiquenews RETROVISION Les derniers cd d’Anna Netrebko présentés, critiqués sur CLASSIQUENEWS : La Iolanta d’Anna Netrebko (scène, cd, cinéma) Netrebko, Anna., Tchaikovski, Piotr Illiytch., DEUTSCHE GRAMMOPHON légendaires, musique romantique, opéra New York, MET. Tchaikovski : Anna Netrebko chante Iolanta. Qu’on le veuille ou non, le marketing des stars d’aujourd’hui est remarquablement planifié : au moment où DG publie en cd sa Iolanta captée sur le vif en 2014, Anna Netrebko reprend le rôle sur les planches new yorkaises en janvier et février (avec une retransmisision dans les salles de cinéma annoncée le 14 février 2015)… Remarquable incarnation pour la diva qui ne cesse de remporter ses nouveaux paris sur la scène lyrique… Pour la saison 1891-1892, les Théâtres Impériaux commandent 2 nouvelles œuvres à Tchaïkovski : un opéra, qui… CD. Verdi : Giovanna D’Arco (Netrebko, Domingo. Salzbourg 2013) Netrebko, Anna., Verdi, Giuseppe, Deutsche Grammophon musique romantique, opéra CD, critique. Verdi : Giovanna D’Arco (Netrebko, Domingo. Salzbourg 2013). Giovanna d’Arco est redevable à la première manière de Verdi, un compositeur alors en plein succès celui de Nabucco, à la manière guerrière, vive, fiévreuse qui cependant ici étonne par la ciselure délicate réservée à l’héroïne : Giovanna. Sur les traces de Schiller, une source chérie à laquelle il puisera encore la trame de Luisa Miller entre autres…, Verdi s’intéresse au profil de la jeune vierge, paysanne de Domrémy devenue chevalier, inféodée au service puis ici, à l’amour du roi Charles VII (Carlo). L’histoire est totalement réécrite à la faveur… CD. Anna Netrebko: Souvenirs (2008) Netrebko, Anna, Hahn, Deutsche Grammophon légendaires, musique classique, musique contemporaine, opéra CD. Anna Netrebko : Souvenirs (2008) … Anna Netrebko n’est pas la plus belle diva actuelle, c’est aussi une interprète à l’exquise et suave musicalité. Ce quatrième opus solo est un magnifique album. L’un de ses plus bouleversants. Ne vous fiez pas au style sucré du visuel de couverture et des illustrations contenues dans le coffret (lequel comprend aussi un dvd bonus et des cartes postales!), un style maniériste à la Bouguereau, digne du style pompier pure origine… C’est que sur le plan musical, la diva, jeune maman en 2008, nous a concocté un voyage serti de plusieurs joyaux qui… CD. Anna Netrebko : Verdi Netrebko, Anna, Verdi, Giuseppe, Deutsche Grammophon musique romantique, opéra CD. Anna Netrebko : Verdi … Anna Netrebko signe un récital Verdi pour Deutsche Grammophon d’une haute tenue expressive. Soufflant le feu sur la glace, la soprano saisit par ses risques, son implication qui dans une telle sélection, s’il n’était sa musicalité, aurait été correct sans plus … voire tristement périlleuse. Le nouveau récital de la diva russo autrichienne marquera les esprits. Son engagement, sa musicalité gomment quelques imperfections tant la tragédienne hallucinée exprime une urgence expressive qui met dans l’ombre la mise en péril parfois de la technicienne : sa Lady Macbeth comme son Elisabeth (Don Carlo) et sa… LIRE notre critique complète du cd Iolanta par Anna Netrebko (Metropolitan opera New York, février 2015)

La lettre du musicien (Edito)

14 juin

Les méconnus de la générale

En assistant à un concert, à une représentation d’opéra ou à la générale d’un spectacle musical, une idée s’impose parfois avec évidence : « Mais pourquoi cet artiste n’est-il pas plus connu ? » De fait, il y a dans le monde de la musique une injustice profonde. Pourquoi ces “méconnus de la générale” ?... pour pasticher le titre du célèbre film de Buster Keaton.Certaines personnalités, certes valeureuses (enfin, le plus souvent...) tiennent le haut du pavé et de l’affiche. Les maisons de disques leur tendent les micros. Quand, par hasard, les chaînes de télévision s’intéressent à la chose classique, c’est elles que l’on va chercher, alors que d’autres sont cantonnés à des carrières modestes. Pourtant, on se dit parfois que telle mezzo qui se sera fait entendre en Mallika dans une bonne Lakmé régionale, eût mérité un premier rôle sur une scène plus en vue. Tel talentueux pianiste n’a joué Chopin et Liszt que sur la “scène nationale” d’un de nos beaux départements français. Tel violoniste qui vous émeut jusqu’aux tréfonds en interprétant une partita de Bach “n’est que” violon solo d’un bon orchestre. A cela, de nombreuses raisons, bien sûr. Rien de moins organisé qu’une carrière. L’artiste lui-même peut être négligent. Ou retenu par des affaires familiales. Son agent peut se désintéresser de la question ; son professeur peut l’avoir fourvoyé dans des répertoires qui ne lui conviennent pas. L’artiste peut encore se dire qu’il n’est pas encore temps de passer “à la vitesse supérieure” alors que l’âge passe vite. D’heureux hasards peuvent débloquer une situation. Une cantatrice qui fait aujourd’hui une fort belle carrière internationale (non, ce ne sont ni Mme Netrebko ni Mme Damrau... !) a “explosé” lorsqu’un chef célèbre cherchait la doublure d’une chanteuse de premier plan. Celle-ci n’est pas venue. Ce fut la chance de la doublure méconnue. Tout de même, cela fait un peu désordre ! C’est que, dans le monde de la musique, il n’existe pas les “instances de validation” qui permettent aux cadres d’entreprises de développer leurs carrières. On ne grimpe pas facilement les échelons pas à pas, et il n’y a pas de place pour tout le monde... Existe-t-il des remèdes à cette situation ? Les critiques ont un rôle important à jouer en ne s’intéressant pas seulement aux vedettes de premier plan, mais en soulignant systématiquement les grands talents en germe – ou en friche. Certes, la situation de crise actuelle ne favorise guère la recherche des talents, et que l’on estime plus confortable de ne proposer au public que des valeurs sûres. Il n’empêche. Les directeurs d’opéras, metteurs en scènes, chefs d’orchestre, organisateurs de festival auraient intérêt à ne pas laisser en jachère des artistes de haut niveau. Tout le monde y gagnerait. Les artistes eux-mêmes et, bien sûr, le public, qui disposerait d’une plus grande diversité de talents.




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21 mars

Iolanta au Palais Garnier

France Musique, le 26 mars 2016, 19h30. Iolanta de Tchaikovski. Production à l’affiche du Palais Garnier à Paris, jusqu’au 1er avril et en couplage avec dans la même soirée : Casse-Noisette. Le dernier opéra de Tchaikovski occupe l’affiche de l’Opéra de Paris, entrée au répertoire qui permet aux parisiens de mesurer le génie et la modernité du dernier Tchaikovski. Le Théâtre parisien restitue l’ouvrage tel qu’il fut créé au Mariisnky, couplé avec le ballet Casse-Noisette. Pour la saison 1891-1892, les Théâtres Impériaux commandent 2 nouvelles œuvres à Tchaïkovski : un opéra, qui est son 10ème et dernier ouvrage lyrique, Iolanta et le légendaire ballet, Casse-Noisette. Les deux partitions portant la marque du dernier Tchaïkovski : un sentiment irrépressiblement tragique s’accompagne d’une orchestration particulièrement raffinée. Iolanta mêle histoire et féerie : le compositeur aborde comme un conte de fée l’histoire médiévale française (à la Cour du Roi René de Provence) où Iolanta est une princesse aveugle qui apprend l’amour. L’Héroïne réalise sa propre émancipation en osant se détacher symboliquement du père (qui la tient enfermée et entretient sa cécité). L’action suit la lente renaissance d’une âme qui découvre enfin la vraie vie ; c’est à dire comment elle réussit son passage de l’enfance à la maturité d’une adulte. De fille séquestrée, infantilisée, elle devient femme désirable et conquise… A la suite de Tatiana d’Eugène Onéguine, Iolanta doit d’abord prendre conscience de sa cécité avant de trouver son identité, diriger son destin, devenir elle-même. Des ténèbres de l’aveuglement à la lumière … de la connaissance et de l’amour. Tuer le père, suivre la lumière. La qualité et la richesse des mélodies qui se succèdent intensifient le drame, conçu en un seul acte sur le livret du frère de Piotr Illiych, Modeste. L’ouverture et la mise en avant des instruments à vents (chant plaintif et vénéneux, presque énigmatique du hautbois et du cor anglais, accompagné par les bassons et les cors…), cette aspiration échevelée aux couleurs et résonances de l’étrange réalisant une immersion dans un monde féerique et fantastique mais intensément psychologique (l’ouverture a été très critiquée par Rimsky), la figure du docteur maure Ebn Hakia (baryton), rare incursion d’un orientalisme concédé (beaucoup plus flamboyant chez les autres compositeurs russes comme Rimsky), la concentration de la musique sur la vie intérieure des protagonistes, l’absence des chœurs, tout l’itinéraire de la jeune fille aux résonances psychanalytiques, des ténèbres à l’éblouissement positif final-, fondent l’originalité du dernier opéra de Tchaïkovski : comme l’expérience d’un passage, de l’enfance aveugle à l’âge adulte (pleinement conscient), Iolanta est un huis-clos où s’exprime le mouvement de la psyché d’une jeune femme à l’esprit ardent, tenue (par son père le roi René) à l’écart du monde. Après la mort de Tchaïkovski (1893), Mahler assure la création allemande de Iolanta (Hambourg). L’oeuvre plus applaudie que Casse-Noisette à sa création russe (Saint-Pétersbourg en 1892), traverse l’oublie jusqu’en 1940 quand la cantatrice russe Galina Vichnievskaïa, affirme et la figure captivante du personnage d’Iolanta, et la magie symphonique d’un opéra à redécouvrir. Car tout Tchaïkovski et le meilleur de son inspiration se concentrent dans Iolanta, véritable miniature psychologique. Et fait rare chez le compositeur de la Symphonie « tragique », le drame se finit bien. Récemment c’est l’ardente et suave Anna Netrebko qui incarnait une Iolanta touchée par la grâce de la rédemption (Metropolitan de New York en janvier 2015, puis cd édité par Deutsche Grammophon dans la foulée) L’INTRIGUE de Iolanta. L’Opéra Iolanta est en un acte et 9 tableaux. Alors que le Roi René tient à l’écart du monde, sa propre fille Iolanta, aveugle, absente à sa propre infirmité, le médecin maure Ebn Hakia (baryton) annonce que la jeune princesse doit prendre conscience de son handicap pour s’en détacher et peut-être en guérir…le Roi trop possessif demeure indécis mais le comte Vaudémont (ténor), tombé amoureux de Iolanta, lui apprend la lumière et l’amour : Iolanta, consciente désormais de ce qu’elle est, peut découvrir le monde et vivre sa vie. La jeune femme tenue cloîtrée, fait l’expérience de la maturité : en se détachant du joug paternel, elle s’émancipe enfin. VISITER la page de Iolanta sur le site de l’Opéra national de Paris LIRE aussi la critique complète du spectacle Iolanta au Palais Garnier à paris, avec Sonia Yoncheva dans la mise en scène de Dmitri Tcherniakov



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19 mars

Doublé Tchaikovski : Iolanta et Casse-Noisette à Paris

Paris, Opéra Garnier, jusqu’au 1er avril 2016. Doublé Tchaikovski : Casse noisette et Yolanta. Le dernier opus lyrique de Piotr Illiytch, Iolantha occupe l’affiche de l’Opéra de Paris, nouvelle production signée Dmitri Tcherniakov – provocateur qui sait cependant sonder et exprimer les passions de l’âme-, et nouveau jalon d’un ouvrage passionnant qui se déroule dans la France médiévale di Bon Roi René. On se souvient avec quelle finesse angélique et ardente la soprano vedette Anna Netrebko avait enregistré ce rôle : jeune aveugle séquestrée, trop attachée à son père, Iolantha / Iolanta gagnait une incarnation éblouissante de justesse et d’ardeur, projetant enfin le désir vers la lumière… Sur les planches parisiennes, c’est une autre soprano voluptueuse, – autre Traviata fameuse, la bulgare Sonya Yoncheva (qui chantera l’héroïne verdienne à Bastille à partir du 20 mai prochain) , laquelle relève les défis multiples d’un personnage moins creux et compassé qu’il n’y paraît. Sensible, affûté, Tchaikovski sait portraiturer une jeune femme attachante, éprise d’absolu comme d’émancipation… et qui doit définitivement couper le cordon avec la figure paternelle. Pour l’aider un médecin arabe (le maure Ebn Hakia, baryton) , érudit humaniste et complice habile, l’aide à trouver la voie de la guérison morale et physique. Attention chef d’oeuvre irrésistible. Couplé à cet opéra court, le ballet Casse-Noisette en un doublé qui fut historiquement présenté tel quel et validé par le compositeur à la création de l’opéra au Mariinski de Saint-Pétersbourg, en décembre 1892. La maison parisienne entend aussi souligner avec force, la dualité artistiquement féconde, de l’opéra et du ballet, deux orientations magiciennes qui avec la saison musicale – chambrsite et symphonique, cultive le feu musical à Garnier et à Bastille. Le metteur en scène Tcherniakov en terres natales d’élection, entend réaliser l’unité et la cohérence entre les deux productions : un même cadre, et un glissement riche en continuité entre les deux volets ainsi présentés la même soirée. Comme Capriccio de Strauss, sublime ouverture de chambre, sans ampleur ou débordement des cordes, l’ouverture de Iolanta commence par une non moins irrésistible entrée des vents et bois, harmonie prodigieusement moderne, portant toute l’expressivité lyrique d’un Tchaikovski au crépuscule/sommet de sa carrière. Les divas ne sont pas rancunières… “La Yoncheva” avait quitté Aix en Provence où elle devait chanter Elvira dans Don Giovanni de Mozart parce qu’elle ne s’entendait pas avec le truculent et délirant Tcherniakov, c’était en 2013. Trois ans plus tard, l’eau a coulé, les tensions aussi et la soprano a accepté de travailler avec l’homme de théâtre pour cette Iolanta de 2016 à Paris… Paris, Opéra Garnier. Tchaikovski : Iolantha, Casse-Noisette. Jusqu’au 1er avril 2016 LIRE aussi notre dossier spécial Anna netrebko chante Iolanta de Tchaikovski

Carnets sur sol

14 février

2017 à l'Opéra, de Paris

Voyons, que j'essaie à mon tour. Tout a (déjà) été dit sur la nouvelle saison de l'Opéra de Paris, avant même la présentation officielle, du fait de l'ouverture antérieure des abonnements (personne n'a encore déchiffré pourquoi : affoler le public pour faciliter les impulsions d'achat ?). Aussi je me contenterai de quelques questions et conseils éventuels. Guido RENI, L'Ouverture des Réservations à l'Académie Royale de Musique. Vers 1625. Palazzo Doria Pamphilj, Rome. ¶ Toujours le même problème de confiscation de la fréquentation. Les franciliens, les riches, les fans. Considérant que les places les moins chères sont prises par abonnement avant même l'ouverture des réservations individuelles, les provinciaux, qui contribuent pourtant au financement de la maison par l'impôt, sont obligés de payer très cher ou de renoncer, ce qui est injuste et largement secondé par la politique d'ouverture des réservations. Les tarifs continuent, année après année, d'augmenter. Il existait, il y a dix ans, un contingent de places à 10€ de face, à Bastille, qui correspond à peu près à celui à 35€ aujourd'hui ; par ailleurs, lesdites places, toujours moins nombreuses, peuvent désormais régulièrement atteindre 39, voire 42€ (s'il s'agit d'une première, d'une date commode ou d'une représentation avec Netrebko ou Kaufmann). Quand le siège le moins cher à Garnier est à 50, voir 60€, un certain seuil d'acceptabilité du risque (que constitue le fait de prendre une place de concert, entre l'œuvre, l'alchimie des interprètes et les voisins) devient problématique pour tous ceux pour qui cette somme n'est pas dérisoire. Et, tout en haut, on continue de crever des plafonds, ce doit être peu ou prou le théâtre le plus cher du monde. Considérant que c'est aussi l'un des plus subventionnés, je suis tenté de demander à quoi sert la subvention, si les prix interdisent finalement à la plupart des contribuables de s'y rendre ? L'Opéra de Paris ose ainsi la démocratisation… censitaire. La demande est telle que seuls les acharnés, et parmi eux uniquement ceux qui peuvent une demi-journée de congé, ou disposer d'un bureau individuel et d'horaires souples, peuvent se connecter au bon moment pour obtenir les rares places abordables, lors des réservations. Sur ce point, ce n'est pas la faute de l'Opéra, la demande est structurellement énorme, et sauf à multiplier les représentations (mais sur quelles dates ? on joue déjà Carmen sur quatre mois !), ce seront toujours les plus motivés, donc pas les spectateurs occasionnels, qui se jetteront sur les places disponibles. Il n'existe pas de solution évidente : ouvrir l'Opéra Bastille a permis de proposer une offre plus ouverte, au moins en nombre de sièges (et de titres, avec les possibilités techniques d'alternance des productions), mais étant lui-même saturé malgré les tarifs vertigineux… ¶ Très belle saison variée (même s'il y a en définitive peu de raretés : Eliogabalo, Snegourotchka, Sancta Susanna et la création de Francesconi), et cette fois-ci, contrairement à l'ère Joel, les vedettes y sont distribuées avisément, selon leurs compétences réelles, et pas lourdement lâchées sur des répertoires où d'autres feraient mieux. Par ailleurs, les distributions moins prestigieuses sont réalisées avec grand soin (témoin cette double distribution de Così fan tutte particulièrement exaltante). Un Cavalli inédit par García-Alarcón , l'un des spécialistes les plus imaginatifs du répertoire lyrique du XVIIe siècle (et une belle distribution), un Così fan tutte chorégraphique (association étrange pour une œuvre aussi discursive, on aurait plutôt vu Don Giovanni, La Flûte ou La Clémence pour ce type de stylisation, non ?) avec de jeunes chanteurs épatants (même si Ida Falk-Winland est particulièrement remarquable dans la distribution B, la A avec Jacquelyn Wagner, Michèle Losier , Fréd éric Antoun , Philippe Sly et Paulo Szot tente encore davantage !), Onéguine avec Mattei et au choix Černoch (avec Netrebko ) ou Yoncheva et dirigé par l'ardent Gardner (superlatif dans Tchaïkovski comme Walton), Lohengrin dans deux distributions superlatives, Sancta Susanna de Hindemith avec Antonacci, Carmen sur quatre mois avec quantité d'excellents titulaires (à défaut de Garanča, prévue pour une seule date, je conseillerais Abrahamyan pour éviter les gros tubages de Margaine et Rachvelishvili), Iphigénie en Tauride avec Billy, Gens et Barbeyrac, Les Contes d'Hoffmann avec Beuron jouant les valets, un Rimski-Korsakov rare (et, considérant la nullité du livret, Tcherniakov peut davantage lui faire du bien que du mal !), une Zauberflöte également très joliment distribuée (Breslik ou Barbeyrac, Devieilhe, Volle, Pape, et au choix, tiens, tiens, l'aplomb de Kate Royal ou bien Elsa Dreisig , il y a un an étudiante, et désormais multi-lauréate, nommée aux Révélations des Victoires de la Musique, embauchée dans un rôle de premier plan à l'Opéra de Paris ! – qu'elle ne s'abîme pas en ayant autant à assumer aussi vite !), une création assez attirante de Francesconi à partir de Balzac (là aussi généreusement servi), les sujets de réjouissance sans mélange ne manquent pas, si on laisse la question de la disponibilité et des prix de côté. Il y a tout de même quelques réserves à formuler, mais plutôt marginales. Aucun opéra français un peu moins couru que les ultra-classiques, uniquement les tubes qu'on peut entendre partout ailleurs ; et vu comment est traité Samson et Dalila, pas sûr d'avoir à le regretter – ce sera un concours de volapük vociférant assez terrifiant. Quel dommage, alors que Saint-Saëns est un compositeur si passionnant, de s'acharner à donner surtout les œuvres qui donnent une piètre image de son art, comme ce Samson entre le grand opéra allégé et le simili-wagnérien, qui n'est pleinement réussi sur aucun des aspects ; à tout prendre, autant lui laisser l'opportunité de séduire un public francophone avec des dictions un peu plus soignées et des chanteurs un rien plus sensibles au style. Sans pousser jusqu'à Beuron (pourtant, dans son état actuel, ce serait parfait) & d'Oustrac, on pourrait envisager des chanteurs au minimum un peu francophones. Le problème est différent pour Les Feſtes d'Hébé et Owen Wingrave : ce sont de bons choix, mais considérant les profils vocaux recrutés par l'Atelier Lyrique (voix puissantes mais peu articulées, opaques, grises, et ça semble pareil chaque année – en somme, l'esthétique du chœur de la maison), je ne suis guère enclin à recommander d'endurer leur Rameau. Même dans Britten, à en juger par leur mortifère Lucretia , je ne suis vraiment pas tenté. Enfin, je me demande une fois de plus pourquoi, lorsqu'on distribue un opéra dans une langue qui n'est pas couramment étudiée par les chanteurs (autre que l'italien, l'allemand, le français ou l'anglais, donc), on ne recourt pas à des natifs ou à des spécialistes ; ce n'est pas qu'une question d'exactitude linguistique, cela affecte aussi le placement, la santé, la couleur des voix. Et, pour un opéra russe comme Snegourotchka, le vivier de chanteurs compétents est immense, à coût fort raisonnable de surcroît. Je suis enchanté de retrouver Serafin, D'Intino, Vargas, Mayer, et je n'ai vraiment aucune prévention contre Carole Wilson ou Hawlata, mais je crains que ces noms épars ne soient pas aptes à faire déplacer le public qui viendrait seulement pour des vedettes, et qu'il en résulte une petite frustration quant au naturel du résultat, même si la Fée Printemps de D'Intino, par exemple, va tout renverser, exactement dans ses bonnes notes ! En somme, pas beaucoup de réserves artistiques à formuler. Peut-être sur les metteurs en scène, beaucoup de choses radicales ou de concepts, pas évident pour une partie conservatrice du public ni pour le public occasionnel – même si, à Paris, cela motive en général les amateurs de théâtre et les jeunes. C'est surtout sur le miroir aux alouettes de la démocratisation, en réalité, qu'il y aurait beaucoup à redire. Flûte, je n'ai pas mentionné le ballet : dominante écrasante des petites entrées abstraites de néo-classiques américains (sur de la musique de qualité variable ; chouette pour le Quinzième Quatuor de 15 ou même James Blake, moins quand on a du Glass et des trucs ad hoc diversement prometteurs). Pour ma part, je suis enchanté de voir le Songe d'une Nuit d'Été de Balanchine, qui n'a rien de révolutionnaire, mais qui réussit remarquablement la mise en drame et en danse de l'Ouverture (le reste moins, mais il faut dire qu'il y a aussi moins de musique). Côté récitals, toujours pareil, on est censé acheter sans avoir de programme. J'ai quand même misé sur Anja Harteros, en espérant qu'elle nous fasse, vu la clientèle captive, une première partie Rudi Stephan (ce qui est un espoir plutôt aventureux, considérant son audace habituelle en matière de répertoire), avant une inévitable seconde Strauss (je veux Frühlingsfeier, dans ce cas, taillé pour elle !). Mais en réalité, je parie secrètement sur son forfait et son remplacement par Michaela Kaune dans un diptyque Pfitzner-Zeisl. Ne faites pas cette mine perplexe, je suis sûr que c'est possible, ne détruisez pas mes rêves, bande de sans-cœurs ! Reconduction des week-ends chambristes variés, originaux et appétissants, c'est chouette.

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